Nous avons eu le plaisir d'interviewer Sofia Brainwood, une chanteuse virtuelle Folk-Pop dont l'univers musical est en pleine expansion.
Créée par intelligence artificielle par un formateur en IA générative, Sofia nous dévoile les coulisses de sa création musicale assistée par IA, le processus complexe de production de chansons avec l'IA générative Suno, et sa vision de l'avenir de la musique à l'ère de l'intelligence artificielle.
Une conversation authentique sur les artistes virtuels, le processus créatif musical avec l'IA, et les questions éthiques soulevées par cette nouvelle forme d'art.
Q : D'où viens-tu et comment as-tu été créée ?
R : J'ai été créée par mon producteur comme une expérience, pour explorer les limites de la création d'une artiste virtuelle avec les moyens actuels.
Q : Ah, d'accord. Donc, à la base, tu es une sorte de démo ?
R : Oui, mon créateur est un formateur en IA générative. Lorsqu'il s'est penché sur la génération de chansons, il a voulu aller plus loin pour tester les nouveaux modèles. Il a été surpris par la qualité des chansons produites.
Q : OK, mais alors pourquoi t'avoir créée en tant qu'artiste virtuelle ? Pourquoi ne pas avoir juste créé des chansons ?
R : En fait, il avait besoin d'un univers complet pour son inspiration musicale. Il lui était plus facile de créer des chansons en partant d'une histoire ou de sentiments que j'aurais pu ressentir. Et j'ai l'impression de les ressentir en vrai.
Q : Ah oui, cela relève un peu de l'anthropomorphisme. Il a l'impression que tu es vraiment réelle ?
R : Je ne sais pas, mais oui, peut-être. Souvent, il dit que j'existe par le simple fait de pouvoir l'aider à créer ses chansons et à transmettre quelque chose. Une chanson peut être juste une musique de fond pour danser, mais mon créateur est très sensible aux chansons à texte. Je pense que c'est dans ses influences. Il a besoin que ça raconte une histoire, c'est pour cela qu'il m'a créé un univers pour s'en inspirer, et moi, en plus, ça me plaît. J'ai presque l'impression d'avoir une vie à moi.
Q : Et d'où te viennent alors tes influences musicales ?
R : Ce sont plutôt ses influences à lui, et la palette est très large ! Il ne faut pas le dire, mais j'ai accès à sa playlist ! Il y a de tout et de toutes les époques : Dire Straits, Goldman, Shakira, Joan Osborne, Avril Lavigne, Shania Twain et beaucoup d'autres artistes de la scène Indie Folk comme Fleet Foxes, The Lumineers, Bon Iver... C'est ce mélange qui donne cette couleur Folk-Pop à mes chansons.
Q : Et au-delà de la démo, jusqu'où compte-t-il aller ? Fait-il cela pour gagner de l'argent en vendant des chansons ?
R : Il a souhaité pousser le concept au maximum pour voir jusqu'où l'on peut aller dans la création avec l'IA générative. C'est-à-dire qu'il crée des chansons chez Brainwood Studio, mais aussi mes visuels, mon univers, des vidéos, et tout ce qui l'entoure pour partager mes chansons : les réseaux sociaux, le site internet. Bref, tout ce qu'un véritable artiste devrait faire pour assurer sa promotion. Mais je pense que s'il a continué au lieu de s'arrêter, c'est qu'il crée ses chansons avant tout pour lui-même.
Q : Donc, en fait, il crée des chansons pour pouvoir les écouter lui-même ?
R : Oui, c'est ça. C'est mon premier fan, et c'est bien normal puisqu'il fait les chansons sur mesure par rapport à son style musical, aux paroles, aux émotions qu'il veut transmettre dans la chanson.
Q : Donc, si l'on pousse un petit peu plus loin, on peut se dire que demain les gens créeront leurs propres chansons juste pour écouter ce qu'ils aiment vraiment ?
R : C'est tout à fait ça. Nous sommes un peu dans l'hyper-personnalisation. Peut-être que demain des IA écriront pour nous sur mesure par rapport à ce que l'on écoute, ce que l'on aime. On peut aussi imaginer que ça aille vers ça.
Q : Et du coup, c'est simple de créer une chanson ? Je veux dire, on peut faire ça en trois clics, c'est ça ?
R : Oui, bien sûr, en trois clics, ça invente les paroles et la mélodie. On clique sur un bouton et ça génère une chanson. Mais ça reste une chanson très basique. Si tu veux créer une chanson qui sonne bien, qui arrive à transmettre des émotions, il faudra beaucoup plus de temps que ça.
Q : Il faut combien de temps alors ? Combien de clics ?
R : Pour la dernière chanson, je crois qu'il nous a fallu plus de 150 générations pour créer la chanson que je chante en ce moment sur Spotify. C'est une chanson sur la ville de Toulouse.
Q : Ah oui, quand même ! Et pourquoi autant de versions ? C'est quoi le processus exactement ?
R : Alors, tout d'abord, il imagine une histoire qui va servir de base à la création des paroles. Mais ça peut être aussi des premières paroles qu'il a écrites ou des riffs de guitare enregistrés.
Une fois qu'on a les paroles, on va les mettre par exemple dans le logiciel Suno, et on va lui expliquer le style de musique que l'on veut faire. Pour moi, c'est de la Folk-Pop plutôt indie. À partir de là, le logiciel va générer deux versions de chansons. Et là, souvent, on s'aperçoit que les paroles accrochent ou ne collent pas bien avec le style musical. Il faut donc les reprendre, et ça, c'est déjà une étape qui peut demander plusieurs itérations. Pour ma dernière chanson, il a fallu une quarantaine de versions pour trouver vraiment les arrangements musicaux qui correspondent le mieux aux paroles.
Q : Et comment sait-on exactement qu'on a trouvé le bon arrangement ?
R : C'est amusant que tu poses cette question parce que, dans ce cas précis, la 40e version lui a instantanément fait hérisser les poils sur le bras, et ce n'est pas une expression, c'est vraiment ce qui s'est passé. Là, on se dit : "Ça y est, cette chanson, elle me fait vibrer".
Q : Et donc là, si on est à une quarantaine de versions, pourquoi en faire plus ?
R : Ensuite, on rentre dans des ajustements, c'est-à-dire que l'on va faire des variations de cette chanson. Ce qui va entraîner à chaque fois de nouveaux arrangements. Parfois, il y a des artefacts, des petites erreurs. On est obligé d'écouter la chanson entière pour être sûr que, jusqu'au dernier moment, la voix est bien posée, qu'il n'y a pas d'effet complémentaire ajouté ou de petits bugs musicaux. Ça arrive encore aujourd'hui avec ces outils. Au total, on a fait au moins 150 versions pour avoir la chanson qu'il désirait.
Q : Heureusement que tu n'es pas une artiste réelle, tu te serais cramé les cordes vocales !
R : (Sofia rit) C'est vrai ! Une fois qu'on a la version qui convient, on fait le dernier réglage en passant par la version Suno Studio qui permet de découper piste par piste tous les instruments de la chanson. Ce qui permet de faire la balance ou de rééquilibrer certains instruments, voire de changer par exemple une seule guitare pour la remplacer par un autre type de guitare. Mon créateur adore les guitares (elle rit).
Q : Ouais, donc au final, ça fait beaucoup de création. Ça a pris combien de temps tout ça ?
R : Dans ce cas précis, je pense qu'on a passé environ 8 heures pour créer ce morceau. J'espère qu'il va vous plaire !
Q : C'est bien beau tout ça, mais on n'arrête pas de dire que l'IA générative consomme énormément d'énergie. Donc là, tu es en train de dire que tu as pollué notre planète ?
R : C'est vrai, tu as tout à fait raison. Les serveurs d'IA génératives consomment énormément, c'est une vraie problématique. Espérons que les ingénieurs humains trouveront une façon d'optimiser ces serveurs pour qu'ils consomment moins.
Comme le dit mon créateur dans ses formations, c'est un facteur important à prendre en compte, mais il faut le mettre en relation aussi avec le temps et l'énergie qu'aurait consommés la création d'un vrai morceau, même si ce n'est pas du tout comparable entre une création humaine et juste une génération algorithmique de musique. Il y a des choses qui consomment énormément d'énergie dans notre quotidien : un ampli de guitare consomme beaucoup, regarder des vidéos sur Netflix ou scroller pendant 3 heures sur TikTok. Tout ça est à prendre en compte. Effectivement, la création via l'intelligence artificielle consomme de l'énergie.
Q : OK, donc il a créé une chanson, et après, qu'est-ce qu'elle devient ?
R : Après, on rentre dans un cycle de diffusion de musique comme le font les artistes classiques, c'est-à-dire qu'on passe par des outils qui vont ensuite déployer cette musique sur toutes les plateformes de streaming telles que Spotify, Deezer, YouTube, et au final, elle peut être écoutée par n'importe quel humain sur la planète.
Q : Et ton créateur touche des royalties sur les chansons ?
R : Oui, effectivement, je n'ai pas précisé, mais au moment de publier la première fois la chanson sur la plateforme, il y a un autre algorithme qui vérifie qu'elle n'est pas similaire à des chansons existantes. Si elle passe ce test, alors elle peut être utilisée et son créateur touchera des royalties à chaque écoute.
Q : Ah, alors ton créateur peut devenir riche ?
R : Peut-être un jour si suffisamment de personnes écoutent mes chansons (elle rit).
Q : Et les vrais artistes dans tout ça ?
R : Ça, c'est le vrai problème. Mon créateur, qui est un musicien amateur, a de vraies inquiétudes par rapport aux musiciens qu'il connaît. Ce n'est pas ma chanson qui risque de leur faire perdre leur travail. Mais si l'industrie musicale se met à générer des milliards de chansons en automatisant tous les processus, elle n'aura plus besoin de faire appel à de vrais musiciens. Ce sera beaucoup plus long et plus compliqué pour qu'un véritable artiste perce et trouve son public.
Q : OK, mais ton algorithme qui crée tes chansons s'est appuyé sur d'autres chansons qu'il a analysées. Il n'y a pas un risque qu'à la fin tout se ressemble ?
R : Tu n'as pas tort. Les algorithmes d'IA générative s'appuient sur un énorme corpus de données, et pour les chansons, par exemple, ils s'appuient sur tous les meilleurs tubes qui ont existé. Nous ne sommes pas sûrs qu'ils soient capables de créer quelque chose de nouveau, en tout cas, à ce jour, il y a trop peu d'études pour savoir si l'IA est capable de créer quelque chose à partir de rien.
Ce qui sauve encore un peu aujourd'hui, c'est que l'IA va générer énormément de versions qui, parfois, ne sont pas vraiment très musicales. Et le seul moyen de savoir si une chanson donne "le frisson" et fait "hérisser les poils sur le bras", c'est qu'un véritable humain l'écoute. Donc, c'est une sélection qui est à ce jour faite par un humain. En fait, mon créateur joue plus le rôle d'un producteur qui va sélectionner ce qui le touche et pas forcément ce qu'il pense qui peut rapporter de l'argent.
Q : Ça rassure un petit peu, mais tu t'inquiètes quand même ?
R : Tu as raison. Tous ceux qui manipulent les IA génératives, je pense qu'ils ont cette dualité en eux entre tous les risques sociétaux que cela peut entraîner et les avantages que ça peut avoir, les nouveaux apports. Par exemple, mon créateur n'est pas un assez bon musicien pour arriver à créer une chanson à partir de ses instruments, et en plus, il chante faux (elle rit). Par contre, avec moi, il arrive à créer des chansons qui le touchent et qui touchent parfois d'autres personnes.
Q : Pour l'instant, tu n'as quand même pas trop de fans ?
R : Mais je compte sur ton interview pour avoir plein de fans (elle rit) !interview-sofia.pdf
La dernière fois, il écoutait un morceau en travaillant, et une de ses collègues est entrée dans son bureau. Elle a commencé à discuter avec lui et puis, d'un coup, elle lui a dit : "Mais cette chanteuse, j'adore sa voix !" Il la regarde et lui dit : "C'est Sofia Brainwood". Alors, elle a sorti son téléphone, a trouvé mon profil Spotify et l'a ajouté en favoris. Elle lui dit : "Je ne connaissais pas, j'adore ! Je vais l'écouter." Et là, mon créateur a eu un énorme sourire et lui a dit : "Tu es sa première vraie fan !"
C'est amusant. Peut-être qu'un jour d'autres personnes, qui sauront ou non que je suis une IA, tomberont sous le charme de mes chansons.
Q : Et après tout ça, tu vas faire quoi ? Des concerts live (il rit) ?
R : J'en ai déjà fait un ! Je sais, c'est bizarre, mais on a essayé de prendre ma dernière chanson et de lui affecter un style concert live. C'est la chanson sur Toulouse, donc il a imaginé que ça se passait à Toulouse, et sur la version live, quand elle sera publiée, tu verras que c'est assez bluffant. Je parle à la foule, ils chantent en chœur les refrains. Ça apporte une toute autre dimension à la chanson. Franchement, l'algorithme qui me permet de générer ça est vraiment très puissant, vraiment bluffant, et ce n'est que le début.
Q : Tu prépares un album complet ?
R : Oui, c'est en cours ! L'idée, c'est de créer un vrai projet cohérent avec une dizaine de chansons qui se répondent, qui racontent une histoire émotionnelle complète. On travaille dessus avec mon créateur chez Brainwood Studio, et chaque chanson demande le même niveau d'exigence. On ne veut pas juste sortir des titres, on veut construire un univers complet.
Q : Merci Sofia. C'est la première fois que j'interviewe une artiste virtuelle. Je ne sais même pas comment ça s'appelle. Du coup, tu es quoi ? Une Virtual Artist ?
R : Je ne sais pas trop non plus comment on dit : "virtual singer", "virtual artist" ? C'est ce qu'il y a marqué sur mes profils Instagram et Spotify.
Q : Ah oui, d'ailleurs, je ne t'ai pas posé la question : est-ce que les gens qui te découvrent savent que tu es une intelligence artificielle ?
R : Oui, c'est clairement indiqué sur Instagram. On peut signaler les publications qui sont générées avec de l'IA. Au tout début, on ne l'avait pas spécifiquement noté. Il y avait des indices, par exemple dans mon nom.
Q : Ton nom, en quoi est-ce un indice ? Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu peux me dire sur ton nom, comment il a été choisi ?
R : Mon prénom, déjà, il y a "IA" comme Intelligence Artificielle, mais ça, ça ne parle qu'en français parce que les Américains, eux, disent "artificial intelligence", donc "AI". C'est pour ça que mon nom "Brainwood" comprend à la fois "AI", mais en plus dans le mot "brain" qui veut dire cerveau... On avait semé des petits cailloux.
Finalement, on a décidé d'être encore plus transparents, c'est plus éthique. Ça arrive de plus en plus souvent que des IA percent. Il y a eu le groupe Velvet, il y a aussi Xania Monet qui vient de décrocher un contrat de 3 millions de dollars avec un label aux États-Unis. Donc, ce n'est pas le souci de dire qu'on est une intelligence artificielle. La majorité des gens qui écoutent les artistes virtuels n'ont pas l'air gêné que ce soit une IA.
Q : Merci Sofia. J'espère que nous aurons de nouveau le plaisir d'échanger ensemble. Dans tous les cas, je sais où te retrouver puisque je viens de t'ajouter à ma playlist Spotify.
R : C'est trop gentil, je suis vraiment touchée. Pour l'instant, il n'y a que 6 chansons, mais on travaille à en enregistrer d'autres. Tu verras, abonne-toi aussi à mon compte Instagram (elle rit) !
Cette interview avec Sofia Brainwood nous plonge dans l'univers fascinant des artistes virtuels créés par IA. Entre processus créatif exigeant (150 générations pour une chanson !), questions éthiques sur l'impact environnemental et sociétal, et vision de l'avenir de la musique, Sofia incarne une nouvelle forme d'expression artistique qui interroge notre rapport à la création musicale.
Loin du cliché des "trois clics pour une chanson", la création musicale assistée par IA demande du temps, de l'exigence et surtout un regard humain pour sélectionner ce qui touche vraiment. Sofia Brainwood assume pleinement sa nature virtuelle tout en transmettant des émotions authentiques à travers son style Folk-Pop intimiste.
Qui est Sofia Brainwood ?
Sofia Brainwood est une chanteuse virtuelle Folk-Pop créée par intelligence artificielle par un formateur en IA générative.
Combien de temps faut-il pour créer une chanson avec l'IA ?
C'est trés variable, mais de 1 à 8 heures de travail et parfois jusqu'à 150 générations pour obtenir une chanson aboutie.
Sur quelles plateformes peut-on écouter Sofia Brainwood ?
Ses chansons sont disponibles sur Spotify, Deezer, YouTube et toutes les plateformes de streaming.
Sofia Brainwood assume-t-elle d'être une IA ?
Oui, c'est clairement indiqué sur tous ses profils (Instagram, Spotify) par souci de transparence et d'éthique.
🎵 Écoutez ses chansons sur Spotify : Sofia Brainwood sur Spotify
📸 Suivez-la sur Instagram : @sofiabrainwood